Reportage

Musharraf lâché par washington ?

Les Etats-Unis sont-ils en train de lâcher Pervez Musharraf ? Dépêché à Islamabad, le numéro deux du Département d’Etat John Negroponte s’est entretenu pendant deux heures avec le général Musharraf et le chef adjoint de l’armée Ashfaq Kayani, avant de déclarer, au cours d’une conférence de presse organisée à l’ambassade américaine, que «l’Etat d’urgence n’est pas compatible avec la tenue d’élections libres, équitables et crédibles» . Washington a également exigé la libération des milliers de personnes arrêtées depuis le début de l’état d’urgence et la reprise du dialogue avec l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto, revenue d’exil et déjà assignée par deux fois à résidence. Lassés de la façon dont Musharraf agite l’épouvantail islamiste pour obtenir leur aide financière et militaire alors que le Pakistan demeure un havre pour les militants d’Al-Qaida, les dirigeants américains viennent, après deux semaines d’atermoiements diplomatiques, de changer de stratégie. Jusqu’ici, ils avaient continué à soutenir leur «allié», président d’un pays disposant de l’arme atomique, rongé par la guérilla des talibans et indispensable à la stabilisation de l’Afghanistan, préférant aux incertitudes de la démocratie le confort d’une dictature qui leur était favorable.

Aujourd’hui, alors que les talibans ne cessent de gagner du terrain à la faveur de la crise que connaît le pouvoir, Musharraf apparaît aux Américains comme trop affaibli pour continuer à mener leur guerre contre le terrorisme. Déjà un projet militaire secret entérine l’échec du général président et propose d’augmenter la présence des forces spéciales des Etats-Unis dans les zones tribales pour y conclure des alliances avec les tribus contre les militants d’Al-Qaida. Publiquement désavoué par Washington, Pervez Musharraf court désormais le risque d’être écarté par l’état-major, dont le chef Ashfaq Kayani est très apprécié des Américains. Kayani pourrait vouloir tirer son épingle du jeu en se retournant contre un président qui rend l’armée impopulaire et en passant avec Benazir Bhutto le compromis que les Etats-Unis appelaient de leurs voeux…

Sara Daniel