Reportage

Arméniens, la défaite et l’exode.

Après six semaines d’affrontements sauvages marqués par de graves exactions, Bakou a récupéré une bonne partie de la région et contraint sa population arménienne à l’exode. Erevan, désormais sous tutelle de Moscou, est à genoux.

Les bas-côtés de la route qui grimpe de Stepanakert à Chouchi sont parsemés de bruyère jaune et de cadavres. La colonne de camionnettes blanches s’arrête tous les 50 mètres : des soldats arméniens sortent les brancards, examinent les corps des Azéris pour s’assurer qu’ils n’ont pas été piégés, puis les balancent sans ménagement dans les coffres. Ce n’est pas la haine des vaincus, c’est seulement qu’il y en a trop. Puis ils reprennent la route, au pas : il s’agit de ne pas surprendre les soldats de Bakou qui les attendent aux portes de Chouchi tombée entre leurs mains, et risquer de provoquer leurs tirs. Ils viennent procéder à un échange de corps.

les Arméniens sur la route de l’exode, brûlent leurs maisons du Haut-Karabakh

Et dans la brume lugubre du champ de bataille qui gomme le faîte des montagnes du Haut-Karabakh, c’est une scène éternelle qui se déroule : l’armistice des morts, une fois que les armes se sont tues. La terre exhale une odeur de chair et de sang qui fait vomir les soldats, pliés en deux au bord de la route. Certains pleurent. Les enfants en vareuse qu’ils ramassent ont beau être leurs ennemis, ils leur rappellent que bientôt ils devront rendre leurs propres morts à leur famille. 2 317 tués côté arménien, et sans doute au moins autant de « disparus » qui jonchent encore les forêts et les montagnes du Haut-Karabakh.

Cette route qu’ils gravissent au pas est celle de leur humiliation. C’est après la chute de Chouchi, la Jérusalem du Haut-Karabakh revendiquée par les deux parties, qu’un cessez-le-feu léonin pour l’Arménie