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Voyage dans la Syrie de Bachar

Damas
Syrie, envoyée spéciale

[caption id="attachment_3031" align="alignleft" width="640" caption="affiche de Bachar al Assad, Damas"]affiche de Bachar al Assad, Damas[/caption]

A Homs, les bombardements et le massacre des civils continuent. Dans un restaurant branché de Damas, on lève son verre à Hafez el Assad et on remercie les Russes pour leurs vetos obstinés à l’Onu. Autour de Deraa, l’Armée libre affronte les blindés du régime. Partout, les enlèvements politiques ou crapuleux se multiplient. Et l’opposition, de plus en plus divisée, redoute l’engrenage de la guerre civile.

Ils regardent devant eux pour dominer la peur, se serrent les uns contre les autres et murmurent entre leurs dents : « Allah, viens-nous en aide ». Puis ils sortent, s’avancent sous un pont, se rassemblent quelques instants par petit groupes, avant de se disperser à nouveau et de reprendre leur étrange ballet.
Comme chaque vendredi, jour de prières, la mosquée Hassan de Damas devient l’un des centres de la révolte. Le thème de la manifestation de cette semaine est sans ambiguïté : « La Russie tue nos enfants ». Mais à al Midan, ce quartier qui ne compte plus ses morts depuis le début du soulèvement, les  protestataires savent que s’ils ne veulent pas être abattus jusqu’au dernier, tout ce qu’ils peuvent oser, ce sont ces  « manifestations-secondes ». Face à eux, il y a l’appareil sécuritaire du régime au complet. Sur le pont, les barrages de l’armée et de la police anti-émeutes. A chaque carrefour, pour les encercler, les disperser, parfois même en pointant sur eux leurs armes, des nuées de chabiha, les terribles séides du régime, leur embonpoint sanglé dans de petits blousons kaki, lunettes noires et kalachnikov, prêts à tirer.
Qu’il semble lointain, l’espoir d’une issue proche et d’un effondrement du régime. La semaine dernière, les combattants de l’Armée syrienne libre avaient pourtant réussi à approcher de la banque centrale de Damas, au cœur même de la capitale. Las, les vétos de la Russie et de la Chine au Conseil de Sécurité de l’ONU ont modifié la donne. Fort de la bénédiction de ses alliés qui ont encore une fois bloqué toute initiative internationale, le régime a repris la main. Et de Deraa à Homs, ses forces regagnent un à un les quartiers insurgés à coup de bombardements, de batailles de rues et de descentes dans les maisons...
Depuis quelques minutes, il n’y a plus un bruit à al Midan. Les manifestants se sont tus. L’air est devenu épais comme du béton. Et même l’homme - un sympathisant du régime - qui m’escorte en Syrie, où je voyage avec un visa accordé par le ministère des Affaires étrangères, est devenu gris de peur. Parmi les civils postés aux carrefours, il a reconnu des membres des Jaouie, les services de sécurité de l’armée de l’air.
Or parmi les dix-sept services de renseignements que compte la Syrie et dont chacun dispose de ses propres prisons - à tel point que lorsque quelqu’un disparaît, on met parfois des semaines avant de savoir qui le détient -, les Jaouié sont les plus redoutés. Créés autrefois par Hafez al Assad, lorsqu’il était ministre de la Défense et voulait disposer d’un service de renseignements qui ne dépendrait que de lui, les Jaouié, qui comptent près de 20 000 membres, se sont petit à petit affranchis de toute tutelle et ne répondent aujourd’hui qu’à leur chef, le général Jamil Hassan. Resté fidèle à la mémoire d’Hafez, c’est un partisan de la ligne dure qui reproche au fils de son héros sa mollesse. A son arrivée au pouvoir, Bachar al Assad avait tenté de mettre au pas les Jaouié. Mais lorsque la crise a commencé et que le régime a vacillé, les renseignements de l’air ont renoué avec leurs méthodes : barbes arrachées à coups de pinces, viols, brulures, torture du « tapis volant »,  où l’on attache ensemble les quatre membres derrière le corps, puis reliés au cou.
Au mois de juillet dernier, Bachar a fait installer des caméras dans les bureaux des Jaouié qui sont désormais directement reliées au palais. Mais personne ne sait vraiment si c’est pour limiter leur cruauté ou par crainte d’un coup d’Etat.

Une soirée à « l’Oxygène »
A l’autre bout de la ville, à l’Oxygène, un restaurant branché de la vieille ville chrétienne fréquenté par les partisans du régime, les habitués fêtent le véto russe. Sur les murs, en guise de décor, un mélange psychédélique mêlant une photo officielle de Bachar et des images de sous-vêtements féminins. Au karaoke, on chante des chansons du folklore syrien en sirotant des cocktails ou des verres d’Arak. Moulée dans un slim, longs cheveux blonds, l’animatrice d’une radio privée confie en s’étirant d’aise : « Moi je suis très pro régime, comme si elle parlait de son équipe de foot préféré. Il n’y a que les alaouites qui sont capables de diriger ce pays. Nous, les sunnites, nous avons tous un petit Allah dans la tête. C’est ce que vous voulez, vous, les Occidentaux, que toutes les femmes soient voilées dans ce pays ? » A sa table, il y a la femme du propriétaire, Majid Niazi, membre du conseil municipal de Damas, qui s’était illustrée en mettant à la porte du restaurant l’ambassadeur américain parce qu’il soutenait Israël. Majid se présente comme une opposante au régime. Elle affirme vouloir porter plainte contre les exactions des services de sécurité. Et se félicite d’avoir été l’une des premières à avoir reçu l’autorisation de fonder son propre parti politique qui, au début de la révolte, ambitionnait avec une naïveté confondante de regrouper toutes les composantes de la société syrienne, des Chabiha aux différents courants de l’opposition. Depuis, ceux de l’opposition sont partis, quelques-uns des Chabiha sont restés, mais Majid rêve toujours d’un gouvernement d’union nationale conduit par Bachar.
L’invité d’honneur de la soirée arrive. Il s’agit du docteur Kadri Jamil, le chef du Parti communiste syrien, un grand homme baraqué âgé d’une cinquantaine d’années, seul membre de l’opposition à avoir accepté de faire partie de la commission de réforme de la constitution, créée par Bachar. Jamil explique que le texte qui sera soumis à référendum le 15 mars s’est beaucoup inspiré de la constitution française, voire la dépasserait puisque même le droit de grève y serait, selon lui, consigné. Le seul article qu’il regrette est celui qui précise que le président devra être de religion musulmane.
Après avoir lancé quelques blagues dans lesquelles les juifs et les Français n’ont pas exactement le beau rôle, Jamil commande un grand verre de vodka dans le russe parfait qu’il a appris pendant ses études à Moscou. Puis il explique que le nouvel ordre mondial qui consacre la suprématie russe et chinoise est arrivé. « Hélène Carrère d’Encausse a vraiment écrit n’importe quoi, s’amuse le chef du PC syrien. L’empire russe ne s’est jamais aussi bien porté ». Selon lui, les Etats-Unis n’ont cru à la détermination russe qu’au deuxième veto et leur position est comparable à celle de la France et de la Grande Bretagne pendant cette crise de Suez qui, en 1956, a consacré la perte de leur influence. « L’Occident n’a pas encore compris qu’il était fini ! » exulte Kadri Jamil. Il y a deux mois, il s’est rendu à Moscou pour y rencontrer le président de l’assemblée et le représentant du président russe au Moyen-Orient, Mikhail Bogdanov : « Ils étaient déterminés à éviter coûte que coûte une intervention étrangère, je savais qu’ils nous soutiendraient… » A l’autre bout de la table, la jeune animatrice, si enthousiaste au début du diner s’est recroquevillée sur la banquette. Elle vient de recevoir un sms : « Espèce de Chabiha, on va te faire la peau ».

Avec l’Armée libre de Deraa

Pour circuler dans Deraa, il faut prendre son mal en patience. Zigzaguer entre les chicanes de béton, rebrousser chemin sur les routes barrées, attendre aux check-points qui jalonnent la route tous les deux cents mètres. Car depuis le véto russe, la ville « où tout a commencé » est à nouveau occupée par l’armée. Ici, les bâtiments brulés, les statues d’Hafez al Assad déboulonnées, les graffitis anti régime recouverts à la hâte de peinture noire montrent à chaque carrefour que l’on est dans une des capitales de l’insurrection. Le gouverneur de Deraa, un homme trapu au visage buriné qui a des manières de soldat, se plaint beaucoup de la situation sécuritaire et de la proximité avec la frontière jordanienne qui se situe à 3 km et par où, à l’entendre, transitent toutes les armes qui parviennent aux insurgés de l’Armée libre.
Pour rencontrer des membres de l’opposition armée, il faut distancer les agents des moukhabarat qui nous suivent, faire mine de reprendre la route en direction de Damas, puis bifurquer dans un de ces chemins de campagne qui desservent les villages qui entourent Deraa. Mais les forces de sécurité nous ont précédés à Dael, où soixante personnes ont trouvé la mort depuis le mois de mars. Quatre chars sont positionnés à l’entrée du bourg. Les murs de la rue principale sont recouverts d’une succession de slogans : « Bachar, prépare- toi à mourir avec dignité… », « Dégage »…Ici, pour éviter d’attiser la colère des habitants, le régime a remplacé sur les façades les portraits de Bachar par le drapeau syrien.
Nous continuons notre route jusqu’à Ebta. Dans les arrière-cours des fermes du village, des hommes creusent le sol avec des excavatrices. Le traducteur explique qu’ils cherchent de l’or et des antiquités, le « trésor des Templiers », pour financer le renversement du régime. Fantasme ou réalité, au sein du pouvoir comme parmi les révoltés, tout le monde pense que le sous-sol regorge de richesses enterrées par les Croisés. Le régime interdit donc aux fermiers de fouiller le sous-sol et réprime durement ceux qui bravent cet interdit. Amar, un agriculteur couvert de poussière qui a pris comme nom de guerre « Eagle 9 », s’interrompt un moment pour nous parler. Tout juste libéré de prison, il raconte avec force détails les tortures, la privation de sommeil, son anus déchiré par les matraques des geôliers. Sunnite, il dit qu’il le regrette mais que sa guerre, il l’a mène désormais contre les alaouites : « Le régime l’a bien cherché ».  Tous les jeudis soir, sur l’écran de la place du village, il suit les prêches du cheikh Arour, un Syrien exilé en Arabie Saoudite d’où il appelle au massacre des alaouites et au viol de leurs femmes.
Dans une des fermes voisines, Amar nous présente Rachid, un des commandants de l’Armée libre de la région de Deraa qui revient de l’hôpital de fortune du village où l’on soigne les blessés de la veille. Il est recherché par la police qui veut le prendre mort ou vif, tout comme l’imam du village de Dael qui nous a rejoints. Au début de la révolte, quand les enfants surpris en train d’écrire des graffitis contre Bachar ont été arrêtés et torturés, certains à mort, et que la répression des  manifestations avaient déjà fait plus d’une centaine de victimes, l’imam s’était joint à une délégation de notables de la région de Deraa qui s’était rendue chez le président : « J’ai trouvé un homme prisonnier de son propre palais. Il nous a dit qu’il n’était au courant de rien, qu’il ne regardait jamais la télévision… Moi, je lui ai demandé au nom de quoi, alors, il était notre président. »
Un coup de fil nous interrompt : l’armée s’apprête à lancer un assaut sur le village. Rachid nous conduit sur des chemins de traverse, au milieu des champs pour éviter la route principale. Dans sa ferme, l’armée fera trois blessés ce soir-là.

La gifle reçue par Bachar
Une pluie fine et glacée tombe sur Al Qardaha, le village natal d’Hafez al Assad. C’est dans cette montagne couverte d’oliviers, qui surplombe Lattakié, que s’étaient autrefois réfugiés les alaouites fuyants l’oppression des ottomans. Surprise dans cette dictature qui entretient le culte de la personnalité : le village est assez mal entretenu. Le siège du parti Baas semble avoir brulé tant il est décrépi. Et seuls des hommes de la police secrète  sont visibles autour du mausolée d’Hafez el Assad. Cette négligence traduit-elle la distance que le fils a voulu établir avec le style du père ? C’est l’avis d’une partie de la jeunesse syrienne qui vomit le régime mais veut croire encore et malgré tout en son président. On souligne sa faiblesse vis à vis des caciques du régime, en rappelant aussi que pendant longtemps, il avait montré peu d’appétit pour le pouvoir et la succession de son père.
« Si Bachar n’avait pas été aussi populaire, cela fait longtemps que le régime se serait effondré », affirme un jeune homme qui vient de rencontrer le « rais », à l’heure où le président semble n’avoir rien d’autre à faire que de recevoir des délégations venues des quatre coins du pays. Il raconte l’anecdote que lui a confiée le président. Lorsque Bachar était étudiant, il avait assisté à une cérémonie publique pour l’anniversaire de son père. Alors que tout le monde applaudissait, le jeune homme se demandait quelle attitude adopter. C’est alors qu’un membre des services secrets qui ne l’avait pas reconnu s’approcha de lui et lui administra une violente gifle pour punir son manque de ferveur. « Je me suis demandé s’il fallait que je me fasse reconnaître. Finalement, j’ai décidé de partir », a raconté Bachar devant le groupe de jeunes médusés par cette confidence. Pour cet étudiant séduit par son président, l’anecdote montre la modestie de Bachar. Ou « sa faiblesse de caractère », persifle un de ses amis…

Autant d’opposants que de Syriens
Bassam al Qadi, de l’Observatoire syrien pour les femmes, veut déboulonner le parti Baas mais pas le président. Il n’aime ni Burham Ghalioun, président du Conseil national syrien, « parce qu’il veut le pouvoir et qu’ils n’a pas de programme ». Ni Michel Kilo, l’un des opposants historiques « qui change d’avis tout le temps ». Et pas davantage son amie Suhair Atassi, qui « joue à l’opposition comme on joue à un jeu vidéo ».
Mohamed Abdel Majid Marjane, avocat à Alep et membre des Tanzikiyat, les comités de coordination de l’opposition a passé plus de dix ans en prison. Lui, il reproche à la communauté internationale de pousser  l’opposition en exil à adopter une ligne dure, quitte à précipiter la Syrie dans une guerre civile qui lui semble désormais difficilement évitable. « Pourquoi la France a-t-elle refusé d’organiser une conférence des Tanzikiyat, la seule opposition légitime, celle de l’intérieur, à Paris ? » s’interroge-t-il.
Pour Fateh Jamous, rencontré dans le village de Bisnada près de Lattakiye, où il est constamment sous la surveillance des services secrets, il était évident que les aspirations démocratiques qui ont conduit à la révolution en Tunisie finiraient par gagner la Syrie. Mais il savait aussi que le pays, avec ses dizaines de minorités, risquait l’explosion. « J’étais à la fois heureux et inquiet », explique cet ex-militant communiste, balloté entre l’espoir d’une révolution et la crainte de la guerre civile. Le docteur Mounzer Khaddam, enfin, un opposant de Lattakiye, dit comprendre la lutte de l’Armée libre, même s’il se présente comme un pacifiste. Pour lui, la seule chose qui rassemble l’opposition de l’intérieur, c’est sa haine du Conseil national syrien, qu’elle appelle « l’opposition de Paris ». En réalité, devant les risques de guerre confessionnelle qui augmentent de jour en jour en Syrie, l’opposition intérieure se déchire parce qu’elle est obsédée par la crainte d’une guerre civile.

Comme en Irak…
A Alep, Fares al Shehabi, le jeune président de la Chambre de commerce ne décolère pas : « Parce qu’on veut punir Alep pour sa neutralité, les hommes d’affaires que je représente sont menacés, enlevés, assassinés devant leurs usines. Si les services de sécurité continuent à nous protéger si mollement, nous constituerons des milices privées pour nous protéger nous-même, comme en Irak ! » Quant à l’attitude de la Turquie qui arme l’Armée libre, le businessman proche de Bachar prévient : « Toutes les armes que nous confisquons à nos opposants, nous les donnons au PKK. Il faut que la Turquie sache qu’elle arme sa propre opposition ! »

Le tyran de Homs
Comme tous ceux qui reviennent de Homs, il parle à travers ses larmes. Moncef explique qu’un jour, un seul,  au cours de la première manifestation, il s’est senti libre. Puis il y a eu le massacre, 100 morts, 600 blessés. Depuis, chaque vendredi, il va à des manifestations et chaque samedi à des enterrements.
Il raconte les turpitudes de Iad Ghazal, le préfet de Homs, pour que l’on comprenne pourquoi on en est arrivé là. C’est-à-dire au nettoyage confessionnel des quartiers, aux gens que l’on fait descendre des bus parce qu’ils sont sunnites, chrétiens ou alaouites et qu’on ne revoit jamais. Iad Ghazal, qui maltraitait les sunnites, qui avait imposé des taxes supplémentaires sur la vente des voitures, sur les transactions immobilières et tout ce qui pouvait alimenter sa cassette personnelle. A Homs, à cause de lui, tout était plus cher, l’électricité, l’eau, le câble, le tyran prélevait sa dime sur tous les services. Quant aux alaouites qui entendaient réclamer leurs droits, ils signaient leur arrêt de mort.  Puis la guerre est arrivée et ceux qui ne voulaient pas participer aux combats ont été renvoyés dans leur village. « Aujourd’hui, il y de tout à Homs, explique Moncef, des combattants légitimes, des fous de Dieu et des criminels qui kidnappent et assassinent pour de l’argent… »

Le business des enlèvements
Dans son appartement d’Alep, situé en face du siège des services de renseignements qui a été pulvérisé par deux bombes, Ahmed Koussa, un homme politique de confession alaouite qui ne quitte plus ni son gilet pare-balles ni son revolver, me montre le SMS qu’il a envoyé aux ravisseurs de ses parents à Homs. « Je suis le fils des personnes que tu as enlevées. Garde-les en vie et tu auras ce que tu veux ».  Quelques heures plus tard, il a reçu un coup de fil. Le ravisseur s’est présenté comme « le furieux ». Il a exigé la libération de dix sunnites et dix millions de livres. « Je lui ai dit que c’était d’accord pour l’argent mais que je ne détenais personne, alors il a tué mon père de 96 ans, puis ma mère ». Ahmed avait essayé de convaincre ses parents, les derniers habitants alaouites du quartier de Bab Dreid de Homs de quitter leur maison en les mettant en garde contre ce nettoyage confessionnel qui était en train d’avoir lieu dans les quartiers de Homs. En vain. « Mon père me disait que les gens qui n’ont plus de maison ne sont plus rien ».
Les voisins sunnites des Koussa, qui les connaissent depuis l’enfance, ont essayé de s’interposer lors de leur enlèvement mais les hommes armés étaient trop nombreux. Depuis le début des opérations à Homs, on enlève tous les jours, pour de l’argent, pour avoir une monnaie d’échange et récupérer ses proches qui ont été eux-mêmes enlevés. Asma, la femme d’Ahmed, une dentiste originaire elle aussi de Homs, s’exaspère de cette dictature des groupes armés. « Faudra-t-il remplacer une dictature par une autre ? Pour moi, la Syrie, ce n’est ni Bachar ni le parti Baas ni ces fous de Dieu qui terrorisent ceux qui ne croient pas comme eux… »

Les listes noires de Facebook
En Syrie, Facebook ne sert pas seulement à organiser les manifestations anti régime. Depuis quelques mois, les loyalistes à Bachar al Assad comme les groupes armés qui se battent contre le régime y publient des listes de gens à éliminer. Une des listes de loyalistes du régime, qui compte 2067 amis, propose de tuer Burham Ghalioun, le chef du Conseil national syrien. Ou un coiffeur qui aurait chassé de son salon la première dame de Syrie. Ou encore Asala Nasri, une actrice accusée d’être ingrate envers le régime qui l’avait envoyée se faire soigner en Russie.
Parmi les centaines de listes noires qui courent sur le réseau social, certaines sont plus ou moins létales. Une des plus dangereuses est celle du bataillon Abou Obeida bin el Jara, qui compte 2500 amis. Plusieurs des personnes qu’elle a désignées ont déjà été effectivement tuées. Comme Samir Qanatri, ce pharmacien de la ville d’Idlib à la frontière turque, accusé d’être un indicateur du régime et dont la femme a été violée. Où l’évêque Bassilios Nasar, tombé dans un piège alors qu’on lui avait demandé de venir donner une extrême onction. En Syrie, un pays au bord de la guerre civile, Facebook sert aussi à tuer.
Sara Daniel

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Portrait de Sara Daniel
Sara Daniel, journaliste française, reporter de guerre, spécialiste du Moyen-Orient.
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